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En Cévennes, le vinaigre des 4 Voleurs

Une médecine bio contre la peste... Le vinaigre des 4 voleurs

Le samedi matin pendant l’été il y a un marché paysan à St jean du Gard.

Ce matin là, je m’arrête devant un étal proposant divers vinaigres dont celui dit « des quatre voleurs ».

J’en parle avec la charmante vendeuse qui me cite une longue liste des capacités biologiques de ce produit.

Ce qui m’intéresse, c’est l’histoire de  ces quatre voleurs et de leur vinaigre si particulier. Particulier pourquoi ?

Par ce que largement cité comme un remède efficace par mon ami Patrick Mouton, le Conteur de Malbosc,

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sur la grande peste de 1720, dans son célèbre ouvrage « Le mystère du grand saint antoine »

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et « La Peste en 1720 »

En fait c’est le récit dramatique de ce navire qui rentrant des Echelles du Levant venait de ramener la peste à Marseille, un mal souverain qui se propagea jusqu’en Cévennes.

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Mais qu’en est-il donc de ces quatre  malfaisants qui eux ne craignaient pas d’être victime de la contagion qui frappait la foule environnante

Quelle est donc cette potion magique ?

Le vinaigre des quatre voleurs.

-         « Accusés levez vous ! »

Les quatre malheureux se redressèrent péniblement soutenus par leurs gardes.

Ils ne se tenaient pas debout ayant eu à endurer la question ordinaire destinée à leur faire avouer leurs crimes.

Nous somme à Toulouse en l’an de grâce 1630 et le seigneur des lieux possédant le droit de haute et basse justice, vient de faire comparaître ceux que l’on nomme déjà « Les Quatre voleurs ».

Pour quelles raisons sont-ils censés répondre de leurs crimes, devant ce tribunal peu porté sur des circonstances atténuantes, inconnues à cette époque sévère.

La ville de Toulouse est en butte à une épidémie de peste noire et ces individus ont été remarqués par la maréchaussée parce qu’ils sont les seuls à ne pas être frappés par l’épidémie en cours.

Ils font partie de ces gens dévoués qui essayent de porter, en vain, secours à ceux qui sont frappés par le terrible bacille de Yersin.

Et naturellement ils sont peut être terriblement jalousés par les familles auxquelles ils portent secours, mais où la mort frappe sans distinction.

Très vite le bruit à couru qu’ils étaient des suppôts de Satan, des sorciers.

Pour en terminer quelques bonnes âmes on été se plaindre au près de la maréchaussée stipulant qu’on les avaient vu détrousser les cadavres.

Appréhendés brutalement, trainés dans les geôles du château, ils ont commencé par clamer leur innocence.

Clameurs bien vites remplacées par des hurlements quand le bourreau leur a fait subir le supplice dit des brodequins

Là, ils ont tout avoué :

-         Oui ils sont en relation avec le diable

-         Oui ils détroussent les corps des victimes

Quand on se retrouve assis dans un lourd fauteuil de bois rude avec des planchettes liées de part et d’autre sur chacune des jambes et que l’on enfonce des coins en bois dur au centre de cet appareillage, on est prêt à avouer tous les crimes que l’on vient de vous énoncer.

Encore que là, ne s’agissant que de la question ordinaire, on ne dépassait pas les quatre coins. Gare à la question extraordinaire où il y en a le double

Le juge dans sa robe rouge ne s’inquiète pas de l’état des accusés. Il est de par sa charge peu accessible à la pitié. Pour lui, ils ont avoués, donc ils sont coupables. Et la terrible sentence se fait entendre :

-         Après avoir pris note des forfaits avoués…sont tous les quatre condamnés à être brulés vif, dans trois jours en place de…

C’est fini donc, que non !

Car quand même dans ce tribunal il y a un assesseur qui intervient et se penche à l’oreille du Président. Ce dernier écoute longuement et reprend :

-         Toutefois et afin de prouver notre bonté le supplice pourra être atténué et pour se faire être transformé en pendaison. À condition toutefois qu’il nous soit fait connaitre de la part des individus présent la méthode ou les produits utilisés expliquant leur immunité vis-à-vis de la peste

Le surlendemain, jour de l’exécution, un moine vient les  consulter dans leur cellule et les entendre en confession.

Il va noter ensuite la composition du remède protecteur.

Il s’agit d’un vinaigre de leur composition où il entre différents ingrédients et plantes qu’ils y font macérer pendants trente jours, avant de s’en frictionner chaque matin. Où d’en boire un demi-verre dit l’un d’entre eux :

On en retient :

-         De l’absinthe, de la lavande, du romarin, de la sarriette, de la sauge, de l’ail, de l’écorce de cannelle, des clous de girofle, du camphre naturel.

Où vont-ils chercher tout cela ? Ils ne le disent pas, pressés qu’ils sont d’en finir avec la vie, suite aux souffrances endurées.

Cependant alors qu’ils sont transportés vers le lieu de leur supplice dans la charrette du bourreau, ils ont un aparté entre eux et un dernier sourire.

On aurait pu les entendre malgré les cris et huées de la foule se dirent se murmrer à l’oreille :

-         On va mourir, mais eux aussi, car on ne leur à pas tout dit…

Quel est donc ce lourd secret ? Car en fait comment ce remède assez simpliste peut-il se montrer si efficace.

En 1720 lors de la grande peste de Marseille, ce vinaigre miraculeux fut encore une fois utilisé, avec le même succès.

Et ceux qui le mettaient en pratique étaient épargnés. Pourquoi ? Comment ?

J’ai, là-dessus, une théorie toute personnelle et cependant réaliste.

En tenant compte des règles d’hygiène de ces époques, il faut se souvenir que la propreté du corps était totalement inexistante.

En fait on ne se lavait que deux fois dans sa vie :

-         À la naissance sortant du ventre de sa mère.

-         Et le jour de l’enterrement où on lavait le corps avant de le revêtir des se plus beaux vêtements.

Qui transportait la peste quel en était le vecteur ?

Les rats bien sur, portants des puces dont ces animaux étaient claffis.

Et bien le vinaigre des quatre voleurs, dont on enduisait les parties du corps apparentes certes mais aussi et surtout les vêtements.

Vêtements, des fripes que l’on ne changeait jamais, totalement imprégnés du vinaigre et de sa décoction odoriférante.

Les puces en crevaient ou s’en éloignaient.

En fait c’était le premier insecticide bio.

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Depuis on a inventé le DDT et c’est loin d’être mieux même si cela se trouve devenu plus efficace, ce qui reste à démontrer.

C’est cela la clé du mystère, le remède miraculeux, la potion magique !